Yoga Darshan
 
 
 
 

1. YAMA - LES REFRENEMENTS


Ces règles contiennent certes un sens moral, mais quelque peu différent de celui qui est familier à l'occident; elles contribuent avant tout à écarter les causes de trouble et d'agitation qui font obstacle au développement spirituel.
Patanjali en dénombre cinq. (y.s.II.3O)

1. Ahimsâ - la non-violence, qui exige non seulement l'abstention de causer des nuisances et de la douleur aux êtres vivants ou de participer à leur asservissement et à leur destruction, mais surtout prétend déraciner de l'instinct le désir du meurtre et de la souffrance. Le commentaire de Vyâsa précise que tous les « refrènements » et toutes les « disciplines» contiennent l'idée de non-violence et que leur observance la rend plus authentique. Quand Ahimsâ devient naturelle les sentiments d'hostilité disparaissent: « en présence de celui qui a adopté la non-violence, tous les êtres renoncent à l'inimitié ». (y.s.II.35) Ce pouvoir s'appelle Bhûtasiddhi.


2. Satya - La véracité. Il ne suffit pas de s'abstenir de dissimulation, de mensonge, de tromperie ou de calomnie, mais de conformer la parole juste à l'acte juste. Est juste, l'acte dépourvu d'égoïsme et qui n'entraîne donc pas d'enchaînement de cause à effet ; qui s'éteint de lui-même et n'a pas de suite douloureuse. La véracité demande une réflexion et une attention soutenues ainsi qu'une absence totale de calcul.
« Celui en qui la véracité s'est établie obtient et maîtrise le fruit de ses oeuvres ». (y.s.IIh36).
Le pouvoir occulte qui en découle est appelé Vâcsiddhi:
Pouvoir de la parole. Tout ce que dit le véritable yogin se réalise ou prend un aspect de vérité.

3. Asteya - L'honnêteté, l'abstention de vol. L'honnêteté parfaite consiste à éviter l'appropriation des biens d'autrui et à extirper l'envie de voler. Cela peut dans certaines conditions aller jusqu'au refus des avantages ou des cadeaux offerts. Et paradoxalement quand le lâcher-prise touche à la perfection, « celui qui prend pour règle la totale honnêteté voit les richesses venir à lui ». (y.s.II.37).

4. Brahmacarya - La continence. L'Anugîtâ définit le chaste, Brahmacârin, comme celui qui réside dans l'absolu (Brahman):
« Celui qui, ayant dépassé l'action et les austérités, habite dans le suprême, le Brahman, est appelé Brahmacârin. Comme le Brahman, il voyage (cbri) par le monde. Le Brahman est son combustible. Il est son feu. Le Brahman est son siège et son eau purificatrice. Le Brahman est son maître. Il vit absorbé dans le Brahman ».
Tous les yoga insistent sur l'influence bénéfique des forces emmagasinées par la continence. La rétention volontaire du «semen virile » facilite la concentration et conserve l'énergie vitale et nerveuse. Elle ne doit pas aboutir à un refoulement sexuel qui provoquerait le déséquilibre, ni même à la sublimation mystique, mais bel et bien à la destruction de l'idée, de l'émotion et de la sensation charnelles, au même titre que les états mentaux et les résidus subconscients sont « brûlés » par le feu de la réalisation contemplative.
« Celui qui pratique la continence acquiert et contrôle l'énergie vitale ». (y.s.II.38 ).

La tâche s'avère plus ardue chez les individus possédant une puissante sexualité, mais l'énergie accumulée par la continence leur apportera alors une intensité d'expérience proportionnelle à l'ardeur de leur tempérament.
Le yogin tantrique de la « voie de la main gauche » (kaula) va encore plus loin dans la difficulté ; jouant avec le feu il se sert du désir sexuel et de l'acte lui-même (maîthuna) comme véhicule pour parvenir à l'unification, en s'interdisant absolument l'éjaculation. En dehors de ces particularismes, une véritable chasteté impose le célibat permanent, sans accouplement.
Cependant, pour ceux qui ont choisi de vivre avec un conjoint, ou qui n'observent pas la complète abstinence, l'acte sexuel est admis en dehors des périodes d'intense pratique. Il reste en tous cas, préférable à une abstention contristante et mal vécue.
En commentaire au verset 61 du chapitre I de la Hatha yoga Pradîpikâ, Brahmânanda précise à ce sujet: « . . .en dehors du temps de pratique assidue, il n'est pas interdit de s'unir avec son épouse...»
On doit noter malgré tout que de rares textes négligent totalement la continence, mais cela est assez inhabituel dans le yoga classique. (Cf. Yoga Kundalinî Upanisad, 56.)

5. Aparigraha - La pauvreté, la privation de biens. La possession engendre la violence et l'organisation stupide et contraignante de la- défense de la propriété qui va jusqu'à la guerre. On ne peut posséder sans priver les autres et c'est une source d'attachement. L'indépendance est fortement compromise par la possession, mais aussi par les dettes ou les obligations envers ceux qui nous procurent des biens ou nous offrent des cadeaux. C'est pourquoi le yogin évite de recevoir des dons. Si par hasard il accepte, il ne doit rien.
Quand l'esprit de non-possession s'enracine au plus profond de l'être, survient le pouvoir occulte du souvenir de ses naissances : « celui qui respecte une stricte pauvreté se souvient de ses vies antérieures » (y.s.II.39).
Certaines différences apparaissent dans les Upan4ad du yoga et les textes plus tardifs. Généralement des règles secondaires s'ajoutent à celles énoncées par les Yoga sûtra, mais les principaux refrènements se retrouvent partout, sauf la pauvreté et très accessoirement la continence.

Ce qui importe dans la pratique des Yama n'est pas la privation par elle-même, mais l'esprit de détachement vis à vis des passions et des penchants égoïstes.

Yama prépare l'étape suivante Niyama.

 

 
 
 
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