MahaPrakasha : La lumière de l'Esprit

MahaPrakasha : La lumière de l'Esprit MahaPrakasha : La lumière de l'Esprit

MahaPrakasha !

L’univers est vu dans la vision tantrique comme un produit de la Divinité et elle reste présente dedans. Il nous « suffirait » d’appréhender son actuelle omniprésence pour être libéré de ses liens.
On ne fait pas cela parce que l’ignorance nous en empêche, mais cette ignorance est elle-même l’œuvre de Siva qui voile lui-même sa toute-puissance (cf le premier chapitre du TantraLoka de Abhinavagupta). De fait ce qui devient important, quelque soit la place faite aux rites et pratiques et à la métaphysique, c’est l’expérience mystique qui reste fondamentale !
Abhinavagupta part de l’ignorance ( ajnâna ) pour affirmer qu’elle est la seule cause de l’asservissement et du malheur des humains, et donc que la libération est connaissance, c’est-à-dire expérience (mystique) de la Réalité suprême, Siva, pure Lumière-Conscience (prakasha).
Cet absolu, Siva, est pure Lumière ( prakâsa ). Il est aussi Conscience (samvit), une conscience absolument libre et toujours en acte.
Cet aspect essentiellement vivant, dynamique, fulgurant, libre, de la divinité, fondamental pour le Trika, est celui de l’énergie ( sakti ) par laquelle Siva agit.
Il se retrouve chez les êtres vivants, capables de vouloir et de connaître, possédant des sens et animés par des « souffles » ( prâna ). 
Cette énergie divine a trois aspects, présents ensemble mais hiérarchisés. Il y a d’abord icchâ, terme généralement traduit par volonté ou désir, mais qui désigne plutôt un élan premier, non discursif, un mouvement intense et spontané, icchâ est le premier mouvement vers la manifestation, l’impulsion créatrice (émanatrice) naissant en la divinité : c’est ce mouvement que le yogin devra retrouver, vivre, dans la voie de Siva, le sâmbhavopâya. 
Puis vient jnâna, l’énergie de connaissance, qui est prise de conscience de ce qui a été voulu ou désiré, réalisation mentale de la pulsion originelle. Connaissance globale, elle est lucide mais non discursive ou, plus exactement, elle tend vers la non-discursivité par un dépassement des dualités conceptuelles (des vikalpa) et par l’appréhension directe de la réalité. Cette puissance de la pensée purifiée intervient au premier chef dans la voie de la connaissance ( jnanopaya ), dite aussi sâktopâya voie de l’énergie [cognitive]. Il y a enfin l'énergie d’activité, kriyâsakti, qui, dit Abhinavagupta, est en son essence connaissance, car elle consiste à réaliser, à concrétiser ce qui a été voulu, puis connu.

Si nous étions dans la grâce nous n’aurions rien à faire…
C’est donc la grâce la plus intense, qu’il n’y a qu’à laisser agir sans que l’on puisse vraiment parler de voie. Il suit ensuite l’élan spirituel, puis les efforts intellectuels, puis mentaux, puis enfin rituels et corporels nécessaires pour atteindre l’absorption en la divinité. Efforts sans cesse croissants et plus nombreux au fur à mesure que l’on s’éloigne du Principe et que la grâce est plus faible.
Le problème est que seuls reçoivent cette illumination les êtres bénéficiant de la grâce la plus intense. Celle-ci est si forte qu’elle peut causer aussitôt la mort du corps. S’il survit à ce ravissement, le libéré vivant vivra quelque temps encore la merveille qui lui a été révélée, mais il est si absorbé en elle qu’il ne peut guère se livrer aux activités rituelles et d’enseignement que doit remplir le guru ou àcârya. C’est par sa seule présence qu’il communique aux autres la grâce divine.
De fait pour nous tous qui n’avons pas la grâce absolue nous voilà obligé de pratiquer, de nous rompre à des disciplines exigeantes et souvent pas forcément agréable. Mais toutes nos pratiques doivent rechercher la grâce divine, elles doivent être orientées vers MahaPrakasha (la lumière) qui n’a rien à voir avec les phrases que nous pouvons entendre chez beaucoup de gens qui disent que la lumière est là et qu’elle baigne dans la lumière. La lumière MahaPrakasha est une expérience absolue du divin, qu’il nous faut rechercher dans le silence de notre absolu et qui sera là pour nous « évaluer » à la fin de notre existence, c’est la Claire-lumière dont parlent les tibétains et qu’il n’est pas simple de rencontrer dans nos existences assurément agitées, où le chemin vers cette expérience n’est que très peu emprunté chaque jour car nous préférons bien plus jouir de notre existence que d'essayer de la maîtriser et d'en sortir...

NB : Mon texte est largement inspiré du TantraLoka de Abhinavagupta

 


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