YOGA

Pratyâhâra dans le Hatha Yoga


Pratyâhâra dans le Hatha Yoga Pratyahara : La fusion des sens

Pratyahara est la 5ème étape (ou membre) des Yoga Sutra de Patanjali.

Cette étape est fondamentale dans le Yoga...

Cette étape est résultante du travail des 4 premiers membres liés à la volonté et à l'effort.

Dans Pratyahara le Pratiquant de Yoga plonge à l'intérieur de lui, quoi que cette définition me semble assez erronée, puisque nous assistons ici à la fin de la discrimination monde intérieur et monde extérieur il n'existe alors plus de monde intérieur ou extérieur, cette discrimination disparait avec le Pratyahara dans une fusion sans limite.

Le Yogi est donc dans un état où les sens (nos 5 déesses) ne vont plus chercher à l'extérieur mais fusionnent en un tout.

Cet état peut être comparé à un état que nous connaissons tous, l'état juste avant de s'endormir, le monde intérieur et extérieur n'existent plus, la conscience est pourtant bien présente pour celui qui est vigilent, les éléments extérieurs (bruits, odeurs, ...) ne parviennent plus à la conscience.

Ce lieu devient un carrefour extraordinaire...

Soit on laisse faire la nature et nous sombrons dans le sommeil, soit nous entrons là avec une intention plus forte et il est possible de vivre autre chose que le sommeil :

Le VijnanaBhairava Tantra en parle très bien :

Citation:
75 - Lorsque le sommeil n'est pas encore venu et que (pourtant) le monde extérieur s'est effacé, au moment où cet état devient accessible à la pensée, la Déesse suprême se révèle.

Durant les instants de détente où se confondent les frontières de la veille et du sommeil, la pensée reste lucide mais le monde extérieur s'estompe, les sens ne fonctionnent plus et les fluctuations mentales se trouvent momentanément suspendues.
Cet état intermédiaire (madhya), exempt d'obstacles, est appréhendé par citi, une pure pensée, et ne diffère pas de l'énergie divine. La Kaumudi cite une stance à ce sujet « Cet état qui apparaît au début du sommeil et à la fin de la veille, si on l'évoque, on jouira en personne d'une félicité impérissable. »
Une célèbre kârikâ explique « Le pleinement illuminé réalise toujours et constamment l'Acte de pure conscience (.spanda) dans les trois états (veille, rêve et sommeil profond). Mais l'autre (le partiellement éclairé) n'en jouit qu'au commencement et à la fin de ces états «‘, c'est-à-dire d'après Ksemaràja aux seules périodes de transition entre veille et sommeil, quand il jouit d'une détente vigilante, favorable à l'intériorisation.
Chez un yogin plus avancé, ce demi-sommeil prend l'aspect de yoganidrâ, sommeil spirituel bien connu des mystiques. C'est en ce sens que Ksemaràja interprète notre verset qu'il cite dans un autre passage de sa glose à la Spandakàrikâ; pour lui, le yogin insuffisamment éveillé à la vie mystique (aprabuddha), rarement favorisé de l'illumination, repose entre temps dans un état crépusculaire où le corps sommeille tandis que le cœur veille. Ce sommeil lucide n'est pas alourdi par la torpeur et l'inconscience des états oniriques ordinaires « Le Maître qui supporte l'univers, dit-il, apparaît clairement et sans voile dans la voie médian du yogin qui accède au sommeil spirituel (yoganidra) et qui s'adonne sans défaillance à une méditation vigilante et ardente'. Et le Seigneur lui accorde tout ce qu'il désire.
Ainsi baignant dans l'intimité du Soi, endormi à tout ce qui n'est pas Siva, le yogin s'éveille soudain à la félicité, expérience incommunicable qu'il faut éprouver par soi-même'.
Selon Sivopàdhyàya il s'agit de la voie de Siva.

Cet état, entre deux, nous donne aussi une chance de comprendre le fait que les 5 éléments (Mahâbhuta) se réintègrent les uns dans les autres.

La terre est liée au sens de l'odorat.
L'eau au gout
Le feu à la vue
L'air au touché
L'éther au son.

La terre, élément le plus dense, entre dans l'eau, l'eau dans le feu, le feu dans l'air, l'air dans l'éther.

Pour que la manifestation du monde puisse se mettre en place, ces éléments apparaissent dans le sens inverse :

Le son manifeste le temps et l'espace, donc l'éther qui va tout contenir. Le son nous renseigne sur le temps et l'espace, par exemple on compte les secondes entre le flash d'un éclair et son grondement pour savoir à combien de km l'orage se trouve. Le son nous permet de percevoir le volume d'une pièce (rappelez-vous le son à l'intérieur d'une église ou dans la neige à l'extérieur).
Le son ne peut être touché, vu, gouté ou senti...

L'air apporte le touché. L'air est dans le plexus cardiaque (Anâhata chakra) et nous posons la main à cet endroit pour dire "Il m'a touché" ou encore "Moi" car l'âme habite en ce lieu.
L'air à un son, le son du vent, de son déplacement, et on peut le toucher, mais il ne peut être vu, gouté, senti...

Avec le feu apparait le sens de la vue et consciemment ou pas nous prêtons aux yeux des qualités comme : Un regard de braises, des éclairs dans les yeux et nos supers héros ont des rayons brulants qui sortent des yeux... Un objet qui peut être vu, peut être touché, et à un son, mais pas forcément de goût ou d'odeur. Exemple : une pièce métallique.

L'eau apporte le goût. Il faut de la salive pour avoir du goût. Un objet qui a du goût, peut être vu, touché et a un son, mais pas d'odeur...
Exemple un bonbon chimique

Enfin, la terre apporte l'odorat. Un bon terreau à une belle odeur, du goût, peut être vu, touché, et à un son.

Le monde apparait et disparait selon ces ordres et chose extraordinaire, une fois dans cet état, entre veille et sommeil où monde intérieur et extérieur ont fusionnés, ce qui va nous empêcher de nous endormir est le bruit d'une goutte d'eau qui va re-manifester le temps et l'espace et donc la discrimination monde intérieur et extérieur en remettant toute la manifestation en place...

Quand on tente de s'endormir, une odeur ne nous gène pas, ni un gout, ni la vue puisque les yeux sont fermés, le lit et nos vêtements nous touchent, seul le bruit nous empêche de nous endormir

Il nous faudra refaire tout une spirale pour tenter de revenir dans cet état afin de nous endormir, si on souhaite dormir...

Pratyahara est donc l'instant où le monde objectif disparait et avec lui la masse de nos idées en grouillement perpétuel mais aussi la respiration pulmonaire...
Le silence se fait et l'esprit est donc clair et libre de se percevoir lui même. Le silence qui apparait est un silence d'une profondeur étonnante il apporte la montée des énergies.

Lizelle Reymond en parle si bien dans son petit livre sublime : Shakti (1951)
« Celui qui entre dans ce silence duel de Shakti est comme la graine de moutarde entre les meules de pierre qui la broient pour en faire de l'huile. Il faudra encore, par la suite, un lent procédé de purification. Cette purification est plus ou moins consciente. »

La paix ressentie dans Pratyahara avec un esprit pacifié est sans commune mesure avec tout autre état léthargique de la condition humaine, bien que cet état puisse être vécu par d'autres événements comme par exemple la stupéfaction, mais la personne non préparée à vivre cet état ne saura pas le conserver longtemps.

Nous devons voir ici le jeu des Gunas qui proposent une évolution de Tamas (l'aspect inertiel) qui mute vers Rajas (l'activité) qui mute vers Sattva l'équilibre pour revenir à Tamas.

Ainsi à la fin de chaque action pleinement réalisée nous pourrions approcher de cet état sattvique, lumineux et plein, mais le commun des mortels laisse cet état vite disparaitre pour retomber dans l'inertie et l'apathie de tamas.

On peut tracer alors un diagramme simple représentant l'homme ordinaire dans ses activités qui passe de Tamas vers Rajas et de Rajas vers tamas sans avoir éprouvé Sattva

tamas rajas sattva

Tamas, l'inertie ou la torpeur est fortement présente dans la vie de l'homme ordinaire. Même une suractivité ne lui permet pas de connaitre l'équilibre et la paix profonde de l'état sattvique.
Après un effort plus ou moins important, Il sombre rapidement dans un sommeil qu'il trouve réparateur et cette boucle le laisse dans l'ignorance et l'attachement à ses actions...

Pour le Yogi habitué à saisir ces instants de paix réelle et y plonger tout en les maintenant, sa vie va peu à peu s'orienter vers la lumière consciente et équilibrée de Sattva, trouvant ainsi dans chaque action (rajas) une source sublime de stupéfaction. Il est alors possible de dire qu'il fait "feu de tout bois" pour trouver le silence et la lumière.

sattva

Sattva étant vécu de plus en plus souvent par le Yogi, il en résultera une plus grande capacité à se concentrer, à percevoir, à comprendre,..., tout en possédant une énergie très forte et sans cesse renouvelée.
Le pratiquant aura donc moins besoin de dormir et connaitra de moins ne moins d'états de torpeur. Le corps, étant le réceptacle de cette qualité, s'en trouvera "glorifié" pour devenir un pur corps d'énergie, temple sublime de l'expérience de l'esprit.


Celui qui connait alors cette paix et cet équilibre de Sattva aura naturellement une capacité d'ouverture d'esprit supérieure.

 

Cet état sera la porte d'entrée vers l'étape suivante la concentration Dharana.