Yoga Darshan
 
 
 
 

II : NIYAMA - LES DISCIPLINES

Egalement au nombre de cinq chez Patanjali, les Niyama s'appliquent plus spécialement à ceux qui orientent leur vie vers la recherche spirituelle. Ces disciplines contribuent à la conversion, au retournement de nos penchants naturels et engagent vers le détachement. Grâce à elles nous pouvons risquer une première tentative fructueuse pour faire sauter le verrou du Karman qui réduit le « vieil homme-» à l'état d'animal domestique (pashu).

1. Shauca, la purification extérieure et intérieure. La purification commence par le rejet du laisser-aller qui exige une propreté corporelle et vestimentaire scrupuleuse; elle se poursuit par le choix d'un lieu propice, aménagé pour y vivre et y méditer dans les meilleures conditions possibles (cf. Chap. XI attitude mentale et discipline de vie), et selon l'orientation favorable (au nord pour dormir, à l'est ou au nord pour pratiquer l'exercice). Le Hatha yoga insiste beaucoup sur la purification des voies naturelles et des organes et sur la nécessité d'éliminer les déchets et toxines qui s'accumulent dans le corps par les actes de purgation appelés Satkarman (cf. en complément du degré 3 âsana). Le régime alimentaire végétarien, la sélection et la préparation de la nourriture font partie de cet élément des Niyama.
La purification intérieure demande un travail constant de lutte contre les impuretés de l'esprit : colère, sensualité, agitation, envie etc. La satisfaction de soi ne résulte nullement de ces pratiques comme on pourrait l'imaginer. En réalité, « la purification provoque l'aversion de son propre corps et l'absence de contact avec autrui. On y gagne en outre la pureté lumineuse du mental (sattva) la concentration, la conquête des sens et la capacité de réaliser l'âme universelle (âtman) »(y.s.II.40-41).

2. Samtosa, la sérénité, le contentement. La sérénité est un état d'équanimité vis à vis des opposés. L'esprit n'a nul besoin d'être affecté par la joie ou la douleur, le succès ou l'échec, la sympathie ou l'hostilité. Aucune nécessité n'impose jamais de se laisser emporter par la passion, l'exaltation ou le désespoir. « La sérénité procure le bonheur parfait » (y.s.II.42).

3. Tapas, l'ascèse, l'austérité. Ainsi que nous l'avons remarqué au sujet des obstacles les avis concernant l'ascèse sont partagés. Il semble surtout important de préciser ce que l'on entend par austérités. S'il s'agit de mortifications abusives pouvant causer des troubles ou des lésions, il convient d'être très réservé sur ces méthodes parfois absolument contraires à l'esprit du yoga. L'excès de rigueur, autant que la mollesse est très contesté. Même Vyâsa (ad. y.s.II. 1) souligne que Tapas doit être pratiqué avec modération et sans nuire au calme du mental. Il ajoute que l'ascèse signifie avant tout tolérance envers les contraires et impassibilité.
Patanjali insiste cependant sur cet élément des Niyama qui peut devenir un yoga à lui seul : le Kriyâ yoga, voie de l'action sacrificielle et de la purification, réduisant les sources de souffrances.
Le travail sur soi constitue de toute façon un moyen indispensable de contrôle physique et psychique, extrêmement roboratif et capable de dévoiler des facultés inhabituelles et cachées (cf. Vyâsa ad. y.s.II.43).
« L'ascèse donne des pouvoirs spéciaux au corps et aux sens. Elle détruit l'impureté » (y.s.II.43).
Plus largement interprété, Tapas englobe souvent l'ensemble des quatre premiers degrés (yama, niyama, âsana et prânayâma).


4. Svâdhyâya, l'étude des Ecritures sacrées. Le terme Svâdhyâya signifie précisément étude des Veda et répétition des formules hermétiques (mantra) ainsi que de la syllabe OM. Cette discipline comporte aussi l'approfondissement de la métaphysique du Yoga Darhsana.
« L'étude des Ecritures et des formules sacrées nous permet le contact direct avec notre divinité tutélaire. » y.s.II.44.

5. Îshvara pranidhâna, l'abandon complet à Dieu sous l'aspect d'Îshvara, le Seigneur suprême et transcendant.
Il faut entendre par Pranidhâna, l'attention soutenue sur le principe divin qui a pour effet l'abolition de l'ego. On a vu que pour la grande majorité des yoga qui proposent la maîtrise des fonctions physiologiques et mentales, le rôle de Dieu était modeste, sinon même insignifiant (hatha, râja, laya jnâna yoga). Mais pour ceux qui suivent la voie de la dévotion et de l'amour -Bhakti yoga - cette règle devient la plus importante et souvent la seule nécessaire. Patanjali la mentionne plusieurs fois, soucieux de présenter toutes les orientations capables de mener à la réalisation ; les commentateurs tardifs, Vâcaspati Mishra et Vijfiâna Bhiksu lui réserveront une place de plus en plus prédominante pour répondre à la vogue des grands courants mystiques de leur époque.
« Si on s'abandonne complètement au Seigneur suprême, on parvient au Samâdhi » (y.s.II.45).
La Hatha yoga Pradîpikâ mentionne dix Niyama: « l'ascèse, la sérénité, la croyance en la suprême réalité et les Ecritures, le don, l'abandon à la divinité, l'étude des principes du yoga, la honte d'une conduite contraire à celle enseignée par les Shâstra, la compréhension juste, la répétition des Mantra et l'oblation sont appelés les dix Niyama» (1.16).
La Shândilya Up. remplace l'oblation (buta) par les voeux religieux (vratani).

L'étape suivante du Yoga est Asana, les postures.

 
 
 
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